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La revengeance des duchesses

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  • Roselyne Chevrette (Charlesbourg) (20%)
  • | 1 001 Votes
  • Morgane Clément-Gagnon (Lévis) (20%)
  • | 997 Votes
  • Estelle Bachelard (Saint-Roch) (18%)
  • | 868 Votes
  • Valérie Laflamme (Saint-Sauveur) (16%)
  • | 788 Votes
  • Annie Fournier (Limoilou) (11%)
  • | 543 Votes
  • Marrie E. Bathory (Montcalm) (8%)
  • | 405 Votes
  • Miguel Fontaine (Vieux Faubourg) (3%)
  • | 144 Votes
  • Liane Fauchon (Sainte-Foy) (3%)
  • | 142 Votes

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Valérie Laflamme

Saint-Sauveur

 

J’aurais donc dû

L'édifice

Photo : Valérie Laflamme

J’aurais vraiment aimé que ma lettre se rende à Régis et qu’il change d’avis quant au Centre Durocher.

J’aurais vraiment aimé vous raconter mille histoires de Saint-Sauveur. Je vous aurais invités à la grotte, au pied des escaliers. On y aurait mis des lanternes et servi du chocolat chaud.

Au mardi gras, on aurait pris la rue. On serait sortis avec nos casseroles, nos sifflets, avec nos n’importe-quoi-qui-fait-du-bruit. Depuis le parc Victoria, l’ensemble de percussions Pé na Rua aurait ouvert la marche. Et les gens seraient sortis dans la rue. Pendant une heure, on aurait fait le tour de Saint-Sauveur. Un grand tintamarre. Juste parce que.

Imaginez, des centaines de personnes déambuler sur Raoul-Jobin. Ceux et celles qui auraient voulu veiller tard se seraient rendus à la Maison de la culture. Il y aurait eu une p’tite veillée, un bal électro-trad. La fête, ça aurait été nous autres.

J’aurais aimé inviter les représentants des médias à vivre une journée de rêve dans le quartier. Ils auraient eu droit à une visite socio-historique, à des rencontres avec des artisans, à une heure ou deux de bénévolat. À un dîner dans un restaurant de leur choix. All the kit.

Après, ces personnes seraient retournées à la maison. Elles auraient dit : « Y a vraiment d’quoi à faire avec Saint-Sauveur. » Et comme ces commentaires proviendraient de la radio la plus écoutée à Québec, c’est certain que le pouvoir serait ébahi face à tout ce potentiel. Il trouverait une manière de faire croire que c’est son idée et placerait Québec sur la map de l’urbanisme et du développement communautaire.

J’aurais aimé vous parler de la famille Plouffe, de l’attentat de Sault-au-Cochon, du ramoneur des pauvres, Luc-André Godbout.

Lever du soleil

Photo : Valérie Laflamme

Tu te dis que si t’avais été une vraie duchesse, t’aurais fait tout ça. Et tu regrettes que ce soit déjà terminé.

Puis tu réalises que la noblesse, c’est un état d’âme. Donc que rien ne t’empêche d’être duchesse à l’année.

Les autres non plus, d’ailleurs.

C’est pourquoi je suis heureuse d’avoir partagé mon diadème avec :

  • Nicolas Raymond
  • Chantale
  • Le collectif RAMEN
  • Julia-Maude Cloutier
  • Lucie Richard
  • Denis Lirette
  • Gaétan Poulin

Et la noblesse, avec les autres duchesses!

Chacun à leur manière, ils et elles le méritaient amplement.

Saint-Sauveur, j’te dis à la revoyure.

Pis Régis, j’attends toujours ton courriel.

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Les gens de chez nous (2)

Je n’ai jamais goûté la cuisine des grands restaurants de la rue Saint-Vallier. Pas que j’aimerais pas. Sauf que. J’ai été charmée par les établissements voisins de mon appartement. D’un côté comme de l’autre, je peux me nourrir pour pas cher. Et les propriétaires sont tellement sympathiques.

Je vous laisse le constater par vous-mêmes!

Nancy Majano – Le Nid du Phénix

Le Nid du Phénix

Photos : Valérie Laflamme

« Ma mère est née au Salvador et est arrivée quand elle avait 19 ans. Mon beau-père, Van Son Gho, était vietnamien. Sa famille a eu les premiers restaurants asiatiques à Québec. C’est lui qui nous a tout montré. Jusqu’à l’âge de 15 ans, j’ai vécu à Charlesbourg. C’est à ce moment qu’on est déménagés dans Saint-Sauveur.

Ma première impression : j’ai trouvé ça bizarre. Au début j’avais peur. En face, c’était comme un dépanneur de drogues. Ça rentrait, ça sortait. Même en arrière. On en voyait, des affaires bizarres. Au début, j’aimais pas ça. Pis j’ai fini par m’habituer.

Pis mon beau-père est décédé il y a deux ans d’un cancer. On aurait dit qu’il le savait. Un an avant de mourir, il nous a laissées toutes seules au restaurant. C’est comme ça que j’ai appris à faire des sushis. Il m’a montré les bases et m’a laissée aller, alors que je n’avais pas la vitesse. Il savait qu’il était malade mais nous le disait pas. Il est rentré à l’hôpital en septembre et est mort en décembre. Il voulait qu’on revienne dans Saint-Sauveur. Fait qu’on est revenus ici.

Les gens viennent ici pour le goût des sushis. Et parce qu’ils se sentent comme chez eux. Ce qui nous distingue, c’est la qualité, la fraîcheur, les recettes secrètes de nos sauces, héritées de mon beau-père. Il y a des restaurateurs qui essaient de nous copier. Ils viennent ici et commandent des extra sauces pour apporter. Voir que j’vais leur donner!

La chose qui m’a le plus marquée, ici, c’est la fois où un militaire a d’mandé sa blonde en mariage. Juste là, sur la banquette. Le gars, il est mort maintenant. Je l’ai vu dans le journal. J’ai été choquée. C’était un bon client. Il était jeune. Il est mort d’un accident de moto. Son mariage n’a pas duré longtemps.

Dernièrement, j’ai eu un groupe de gars avec des chapeaux de pirates. Ils étaient vraiment souls. Ils ont laissé un petit bonhomme pirate ici. Il est encore là. »

C’est où : 449, rue Bagot (coin Bayard)
Quoi manger : Le choix du chef, spécialement le maki-pizza

Denis Lirette et Gaétan Poulin – Pizza Salvatoré

Photos : Google et Valérie Laflamme

Photos : Google et Valérie Laflamme

« On est propriétaires du Salvatoré depuis un an et demi. On a eu l’opportunité de s’associer avec monsieur Racine. On n’a pas pu dire non à son offre. Son but était de pouvoir partir tranquille. Il a voulu passer le flambeau à d’autres pour passer plus de temps avec sa famille. Il s’est beaucoup impliqué dans l’entreprise. Il l’a pas eu facile. Ça a été dur. Mais il est passé au travers. Il veut maintenant profiter de la vie pour reprendre le temps perdu. On veut lui montrer qu’il a raison de nous faire confiance. C’est à nous autres de travailler!

Monsieur Racine est très croyant. C’est pour ça qu’il y a un crucifix dans la cuisine. On le voit pas beaucoup, par exemple. T’as un bon sens de l’observation. Monsieur Racine y tient. Fait qu’on respecte ça. Monsieur Racine est un homme de traditions. Chaque dimanche, il va à la messe. Il brûle un lampion pour le restaurant et pour nous autres. Le crucifix a été béni par monseigneur Fournier. Le restaurant aussi. Deux ou trois personnes ont déjà passé des commentaires. Ça a toujours été positif.

Dans le quartier où on vit, y a plusieurs personnes dans le besoin. On est déjà allés porter de la pizza à la Maison Revivre. On a déjà commandité plusieurs écoles aux alentours. S’ils font une activité, on essaie de les encourager.

On sait que c’est pas tous nos clients qui sont à l’aise, comme on dit. Y en a qui viennent chercher une boîte de pizzas. Ils demandent s’ils peuvent prendre un peu de pain à l’ail. Je leur dis : “prends-toi-en”. Ils achètent une pointe, on leur en offre deux. Mais on peut pas le faire pour tout le monde, ça nous coûterait trop cher. On essaie d’être humains, tout en restant raisonnables.

Les clients nous encouragent là-dessus. Ils apprécient le geste. Un petit sourire, un petit merci, ça fait du bien. Des fois, la restauration, c’est difficile. T’aurais envie de tout laisser. Et tu reçois un beau sourire. Ça, ça te donne un p’tit coup de pied. »

C’est où : 95, rue Saint-Vallier Ouest (coin Bagot)
Quoi manger : Le buffet à volonté (pizza, frites, pain à l’ail, salade et crème glacée)

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Les gens de chez nous (1)

Lorsque j’ai appris que j’étais nommée duchesse, mon premier désir a été de vous présenter des gens que j’admire. J’avais la grande ambition de dresser l’inventaire de toutes les personnes à connaitre dans Saint-Sauveur. Ça allait de l’éditeur de bandes-dessinées à la créatrice de mode, en passant par le seul et unique mariachi de la ville de Québec. La liste des héros du quotidien était bien plus longue encore. Évidemment, j’ai eu les yeux plus gros que la panse. Y’a juste trop de monde GÉNIAL dans Saint-Sauveur.

Aujourd’hui, je vous présente deux artistes. Plus tard, ce sera les restaurateurs.

Je leur laisse la parole!

Julia-Maude Cloutier

Julia-Maude Cloutier

Photos : Valérie Laflamme et l’École de danse de Québec

« La famille de mon père était domiciliée dans Saint-Roch. Leur maison a été démolie quand on a construit les bretelles d’autoroutes. Mon grand-père avait un commerce sur la rue Saint-Vallier, en face de la buanderie. Ça s’appelait l’Étal de la ménagère. C’était une boucherie. Ça a toujours fait partie du folklore familial.

Quant à moi, j’ai étudié l’anthropologie à l’Université Laval. Dans le cadre de mon projet de fin d’études, j’ai séjourné au Brésil, où j’ai appris la samba. C’est alors que j’ai décidé de me spécialiser en danse. Je suis revenue faire la technique en danse contemporaine à l’École de danse de Québec. Je me demandais quelle était ma légitimité, comme québécoise, pour enseigner les danses afro-brésiliennes. Puis je me suis dit : j’ai les connaissances et la culture requises, pourquoi ne pas partager ma passion? J’ai donc fondé une école de danse, Samba Québec.

Lorsque j’ai terminé ma formation à l’École de danse, j’ai fondé un collectif de danse contemporaine qui s’appelle Le CRue. On y crée des chorégraphies inspirées de l’art du déplacement, qu’on appelle aussi Parkour. Notre démarche consiste à utiliser l’espace urbain pour créer quelque chose de nouveau. J’aime beaucoup l’architecture et l’histoire des lieux. L’objectif est d’aller chercher les gens hors des salles de spectacle.

Quand j’ai décidé d’aller vivre en basse-ville, plusieurs personnes m’ont déconseillé Saint-Sauveur. Moi, je trouve que c’est un quartier dynamique. J’aime ça, l’été, voir du monde à l’extérieur. Les gens sortent leurs chaises sur le trottoir et placotent. Même quand les gens sont à l’intérieur, ils ouvrent la porte. C’est typique! »

Lucie Richard (Lux)

Lucie Richard (Lux)

Photos : Stéphany Litchi et Valérie Laflamme

« Je viens du fin fond de l’Abitibi, de la ville de La Sarre. Arrivée en ville, j’ai vu un gros contraste. Je suis passée de Sainte-Foy, à Limoilou, pour finalement m’installer dans Saint-Sauveur, où mes enfants sont nés. Mon premier appartement était près de la grotte. Dans c’temps-là, c’était… tout défait, disons-le comme ça.

Je suis venue à Québec pour étudier. Je voulais devenir écrivaine. Le but est presque atteint : je n’ai pas beaucoup publié, mais j’écris tout le temps! La première année à Sainte-Foy, j’avais peur de me perdre. Je ne connaissais que deux lignes d’autobus : les Métrobus et le 7. Un jour, j’ai décidé d’aller explorer. Je suis débarquée sur Saint-Joseph. Depuis mon arrivée en ville, je recherchais la foule. Là, c’était vraiment rempli d’monde! On voyait encore la faune de l’ancien quartier, qui se promenait à travers ce qui allait devenir le Nouvo Saint-Roch. En allant vers Saint-Sauveur, il n’y avait pas grand-chose. J’ai pogné d’quoi, un coup d’foudre pour la basse-ville.

Je fais partie du collectif RAMEN, qui rassemble des poètes et des artistes qui habitent dans Saint-Sauveur et aux alentours. La vie quotidienne, dans ce quartier, c’est un thème qu’on explore beaucoup. Par l’écriture, je souhaite rendre hommage à la vie dans mon quartier et peut-être, inciter les gens à lire et écrire de la poésie à leur tour. Par les mots, je peux faire vivre St-Sauveur dans l’imaginaire des gens, le faire voyager. Parce que l’écriture, ça voyage.

Mes deux enfants ont fréquenté l’école Sacré-Cœur. C’est une jolie petite école. Tout le monde se connaît. Comme on n’avait pas encore de diagnostic pour notre fils, qui est autiste, on n’avait pas accès à des services. C’est pourquoi on a retiré les enfants de l’école pour leur enseigner à la maison. On préférait accompagner notre fils nous-mêmes dans ses apprentissages.
L’école à la maison, c’est une aventure qui est très enrichissante. On se découvre des capacités. On se demande si on va être capable d’enseigner à notre enfant comment écrire. Et puis on le fait! »

Pour entendre Lux
Vendredi de poésie du Tap, le 12 février, à 20 h, au Tam Tam Café

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Là où tout le monde est une duchesse

Récit d’une célébration à la Maison Revivre

Photo : Valérie Laflamme

Photo : Valérie Laflamme

J’avais pris congé ce matin-là pour assister à une messe pas comme les autres. Denis, un homme très impliqué dans le quartier, m’y avait invitée à plusieurs reprises. Chaque dernier vendredi du mois, les membres de la communauté de l’Arche se réunissent à la Maison Revivre pour vivre une eucharistie. Les communautés de l’Arche sont formées de personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle et d’autres qui, tels des assistants, s’engagent à vivre à leurs côtés. Ici, pas question de clients, d’usagers ou de patients. La Maison Revivre, elle, est l’œuvre d’une femme qui a tout donné aux gens de la rue. Avant de franchir la porte, j’ai ressenti cette fébrilité propre aux voyages. Je me savais au seuil d’un univers où les règles étaient différentes de celles auxquelles j’étais habituée.

Tant pis pour la couronne

La célébration mensuelle est habituellement précédée d’une prestation du groupe Amalgamme, qui réunit des musiciens d’expérience, des habitués de la Maison Revivre ainsi que des personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle. À mon arrivée, Denis a interrompu son chant pour me souhaiter la bienvenue. Une trentaine de paires d’yeux se sont tournées vers moi. J’ai eu droit à une surenchère de « bonjour Valérie ». À cet endroit où l’arrivée de chacun est vécue comme une fête, pas besoin de diadème pour sentir qu’on existe. C’est donc simplement en tant que moi-même que je me suis jointe au groupe.

La messe allant débuter, des résidents du voisinage se sont ajoutés. Il n’en fallait pas moins pour que Denis prenne le micro pour offrir à Jeanne son morceau préféré, Mille après mille. Chambranlante sur ses jambes de quatre-vingts ans, la dame s’est levée. Elle martelait la mélodie d’un hochement de tête, un sourire en coin. Nous nous sommes levés et avons chanté avec elle :

Un jour, quand mes voyages auront pris fin
Et qu’au fond de moi j’aurai trouvé
Cette paix dont je sentais le besoin
À ce moment je pourrai m’arrêter

À cette heure de la journée, j’étais censée piocher au clavier de mon ordinateur pour produire de nouveaux événements. Activiste dans l’âme, j’ai tendance à croire que ma valeur dépend de ma capacité à travailler. De tels instants font voler en éclats mes vieilles croyances quant à l’utilité des choses. Pour Jean Vanier, fondateur de l’Arche, « le cri et la confiance qui jaillissent du cœur de la personne faible lui donnent un pouvoir secret : celui d’ouvrir bien des cœurs fermés ». C’est au moment où je contemplais cette pensée que le curé est arrivé.

Même pas quétaine

Photo : Facebook du Centre de jour de l'Arche l'Étoile

Photo : Page Facebook du Centre de jour de l’Arche l’Étoile

L’abbé Jean Picher, à l’instar des autres membres du groupe, a été accueilli comme une star. Il a serré des mains, donné la bise. Il a pris quelques minutes pour répondre aux questions que j’avais concernant la préparation au mariage. Puis il a enfilé son aube pour que la messe puisse enfin commencer. Ça m’a fait un choc quand il a annoncé qu’on l’offrirait pour Pierre Bilodeau, cet ami du parvis décédé il y a tout juste un mois. Pierre était connu pour ses airs de Claude Dubois, qu’il reprenait un peu partout dans Saint-Roch. Je savais qu’il était engagé un peu partout en basse-ville, mais pas qu’il faisait partie du groupe Amalgamme. Le simple fait que cet homme existe me rendait heureuse. Il avait refusé les traitements proposés contre le cancer du poumon. Au quotidien, il cherchait à être présent pour les personnes qui l’entouraient. Il préférait vivre moins longtemps, mais plus pleinement, pour poursuivre sa mission d’amour. Avec Pierre, rien ne sonnait quétaine, pas même les vieux succès d’Éric Lapointe.

Ce matin-là, on a lu la première lettre de saint Paul aux Corinthiens. On y présente l’Église comme un corps, où chaque membre a son importance. Même le petit orteil, qui nous permet de garder notre équilibre. Ces paroles d’évangile résonnaient drôlement bien dans cette assemblée constituée de marginaux. Pédagogue, le prêtre l’a repris dans des mots plus simples : « Chaque personne ici est essentielle à la vie de notre communauté. Aucune ne pourrait être remplacée par une autre. »

On approchait midi. Des hommes et des femmes des environs commençaient à s’agglutiner, au fond de la salle, dans l’attente d’un repas chaud. À travers la fenêtre du vieil édifice, on voyait la neige valser sur Saint-Vallier.

Pendant ce temps, on récitait le Notre Père : « donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ». Puis ce fut l’échange de la paix. On a serré des mains. On s’est souhaité ce qu’il y a de mieux.

Avec la communauté de l’Arche, pas question d’oublier qui que ce soit.

L’échange de la paix, chez eux, ça dure une éternité.

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La poésie prend l’bar

La duchesse et les Ramen : compte rendu d’un récital carnavalesque

Photo : Valérie Laflamme

Jeudi dernier, au cours d’une soirée faite de premières fois, la poésie a changé la face du bar Le Kirouac. C’était la première fois que j’assistais à un récital de poésie (et que j’en organisais un, de surcroît). La première fois que tout ce monde là venait au bar. La première fois qu’il a entendu du Marie Uguay. Qu’elle a lu ses propres textes en public. La première fois qu’elle a pris le micro pour chanter La Bohème. Elle s’est fait accompagner par les rafales clinquantes des machines à sous et le chœur de toutes les personnes présentes.

Cet événement a surtout eu lieu grâce à l’implication des artistes. Avec une simplicité désarmante, ils ont réussi à rattacher le quotidien de la basse-ville à ce qui est beau et grand.

Malgré tout. Au-delà de.

Les membres du collectif Ramen ont, chacun à leur manière, cette capacité à donner un nouvel éclat à ce qui est familier.

Puisque le sexe, la drogue et le rock ‘n roll ne nous impressionnent plus, ils n’arrivent plus à nous faire vivre le p’tit thrill de la subversion. Pas plus que les jeux gonflables ou les voitures à gagner.

La poésie arrive encore à déplacer, même dans les endroits mal réputés. Elle rapproche des gens qui, sans elle, se seraient ignorés.

C’est là que la magie du carnaval opère.

J’espère que l’on recommencera l’an prochain!

Cette soirée a été le fruit de la collaboration gracieuse de plusieurs personnes :

  • Les membres et amis du collectif Ramen
  • Les duchesses (Charlesbourg 2016, Montcalm 2016, Saint-Jean-Baptiste 2015, Saint-Sauveur 2015 et moi-même)
  • Lucien, propriétaire du bar Le Kirouac (situé à l’angle Kirouac et de l’Aqueduc)
  • Le public en délire

Qu’est-ce qui, dans votre quartier, éveille en vous la poésie?

Je commence :

  • Le tremblement des murs qui ne supportent pas les convois de déneigeuses
  • Le commis du dépanneur qui parle par webcam à sa femme, restée en Chine
  • Cet homme qui fait irruption dans notre appartement « avez-vous des cigarettes? »

 

C’est à vous! 

 

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Paradis pour femmes

Un vendredi à la Mosquée de la capitale

Photo : Radio-Canada

Photo : Radio-Canada

Je n’ai jamais vraiment su comment dealer avec les codes de la féminité. Pendant une bonne partie de mon adolescence, je me suis accoutrée de manière à provoquer « la société ». Avec mes cheveux bleus, mes jeans troués et mes bracelets multicolores, je voulais leur foutre à la gueule que je n’en avais rien à faire de leurs standards de beauté. Aujourd’hui, il m’arrive d’envier celles qui, à des fins de croissance spirituelle, font le choix de dissimuler leurs courbes dans l’espace public. Leur voile me ramène à mes aspirations punk. C’est donc avec un préjugé favorable que je me suis rendue à la Mosquée de la capitale, en janvier dernier, pour discuter avec Chantale d’islam et de féminisme.

Premiers pas dans la mosquée

J’avais prévu apporter un foulard pour me couvrir la tête. Par courriel, Chantale m’avait avisée que cela n’était pas nécessaire. Les non-musulmanes n’ont pas à se soumettre aux règles des croyants. Quand je suis arrivée à la mosquée, des enfants couraient partout. C’était un soir d’enseignement religieux. Un homme nettoyait le sol parsemé de pétales de fleurs fanées. Ces fleurs, envoyées par une citoyenne suite aux attentats de Paris, étaient exposées comme un trésor depuis presque deux mois. Chantale et moi nous sommes installées dans un coin pour discuter en attendant la prière du soir. Évidemment, je voulais savoir ce qui avait amené une « québécoise de souche » à se convertir à l’islam. Non, ce n’est pas une histoire de mariage.

« J’ai toujours été très intéressée par les textes religieux. J’ai lu la Bible plusieurs fois. Je participais à toutes les activités pastorales. Mes parents se sont éloignés de la religion à un certain moment. Tranquillement, j’ai aussi délaissé la pratique en église, même si la foi était toujours là. J’ai alors vécu un grand vide spirituel. Attirée par la place de la femme au sein du protestantisme, j’ai commencé à fréquenter une église dirigée par une femme. Là-bas, je participais à un cercle de lecture. J’y ai lu un livre sur l’islam. J’étais encore bourrée de préjugés à ce sujet. »

À l'intérieur de la mosquée

Photo : Monsaintsauveur.com

Au fil de ses lectures, Chantale a été touchée par sa découverte du Prophète. La vision du monde proposée par l’islam renvoyait à ses convictions les plus intimes. Lentement mais sûrement, sa foi s’est enracinée. À un moment donné, elle n’a eu d’autres choix que d’admettre qu’elle était devenue musulmane. Chantale souhaitait développer son humilité et travailler sa personnalité. Le voile s’est imposé graduellement. Deux ans après sa conversion, alors qu’elle était déjà mère de trois enfants, elle a rencontré celui qui est devenu son mari. Ils ont décidé d’agrandir la famille. Ils vivent aujourd’hui dans la banlieue de Québec, non sans rencontrer certaines difficultés.

Vivre avec les préjugés

Au début de notre rencontre, Chantale était réticente à l’idée que je l’enregistre et la prenne en photo. Elle a été très marquée par l’épisode de « la charte des valeurs », où plusieurs gestes haineux ont été commis à l’égard de sa communauté. Elle me raconte, non sans émotion, cette fois où on lui a balancé un panier d’épicerie alors qu’elle tenait son bébé naissant dans ses bras. L’inconnue criait en gesticulant. Chantale a failli échapper le petit sur le sol. Ça lui a pris un mois avant de pouvoir ressortir faire ses achats. Si cette anecdote relève de l’exception, ce n’est pas le cas des agressions verbales.

« C’est quasi quotidien pour les immigrants. C’est rare que mon mari ne revienne du travail avec un événement à raconter. C’est lourd à porter. Ça me rappelle cette fois au parc : on poussait nos enfants à la balançoire. Une femme s’est mise à nous insulter : “Déshabille ta femme, as-tu honte d’elle?.” Mon mari n’arrêtait pas de lui dire “merci madame, merci pour vos conseils”. Elle n’arrêtait pas de gueuler. »

Photo : Valérie Laflamme

Photo : Valérie Laflamme

Chantale souhaite rester optimiste. Elle a souvent songé à suivre plusieurs familles immigrantes à Ottawa ou à Toronto. Aujourd’hui, elle pense davantage à rester ici, pour changer les choses.
« Dans le fond, cette haine nous donne un certain avantage : il faut toujours être plus fin que tout le monde. Le moindrement qu’on va faire quelque chose de pas correct, quelqu’un va le mettre sur le dos de notre religion et, ultimement, de tous les musulmans. Ça nous force à travailler notre comportement, à devenir de meilleures personnes. »

Paradis pour femmes

Pour Chantale, l’islam est le lieu par excellence où elle peut s’épanouir en tant que femme. Elle y trouve une grande liberté. Si, en islam, l’homme est responsable de faire vivre sa famille, c’est seulement pour que la femme ait toute la latitude requise pour éduquer ses enfants. Il ne lui est pas interdit de travailler à l’extérieur du foyer. Le Prophète lui-même aurait eu une épouse entrepreneure. Ainsi, Chantale travaille avec plaisir dans le milieu de l’allaitement maternel. Valorisée dans son rôle de mère, Chantale sent qu’elle n’a pas à réussir sur tous les plans. Elle trouve injuste qu’on attende des femmes qu’elles soient des mères attentionnées, qu’elles gagnent l’argent nécessaire à l’entretien du ménage tout en demeurant séduisantes. Elle plaint celles qui, toute la journée, doivent endurer des tenues inconfortables pour travailler. À ce sujet, on se rejoint.

J’ai passé une super soirée à la Mosquée de la Capitale. Ayant moi-même ma propre spiritualité, je n’avais pas pour objectif de faire l’apologie de l’islam. Par-contre, comme Chantale, comme le pape François, je pense que les différentes religions ont été voulues par Dieu. Sinon, on serait tous pareil. J’ai l’intime conviction que c’est cette limite posée entre soi et l’autre qui nous invite à nous dépasser. Ces distinctions créent l’espace nécessaire au dialogue, à l’accueil et, ultimement, à l’éclosion d’un monde de paix, de justice et d’amour.

À condition, bien sûr, qu’on ne réduise pas les grandes traditions spirituelles à de vulgaires idéologies.

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Intermarché

Photo de l'Intermarché de Saint-Sauveur sous la neige

Photo : Valérie Laflamme

Avec leur beau facing les tablettes mirobolantes
sont prêtes à accueillir les spots
Des néons qui crachent des tounes de matantes
J’en ai braillé une shot
Entre les cannes de tomates pis les p’tits pois

J’pense aux fois où on est allés ensemble
C’était la grande aventure
Du bacon au fromage, en passant par les fraises
On s’en gavait pour digérer nos blessures

Subtilement j’place un œil
Sur c’que jettent les aut’clients dans leur panier
J’me console

Un homme seul
Mal habillé
Un chips au ketchup
Du jambon tranché
Un pain blanc
Des Corn Pops
Du café instantané

Un enfant qui morve
Deux enfants qui chignent
Trois enfants qui braillent
Une mère éreintée
Un poulet rôti
Une poche de patates
Quatre litres de lait
Du Kool-Aid

Quarante-huit rouleaux de papier de toilette
Un magazine 7 Jours

Un autre homme, distingué
Une casquette à la gavroche
Une king can Carlsberg
À 10 heures et demi du matin

Moi
Un filet d’porc
Trois livres
de carottes
Du yogourt
Liberté
(Pas mal)

L’Intermarché est le lieu ultime de mon ascension
J’suis pas une pioche qui s’fait avoir
Par des promotions bidon
J’calcule le prix par cent grammes j’me fais croire
qu’y’a du monde à’maison
qui dépend d’mes équations

Mylène la caissière scanne ma solitude
sur son tapis roulant à m’donne un reçu
Avec gratitude j’y parle de mes études
Le don est au fondement du lien social, savais-tu?

Aujourd’hui, j’suis allée chercher des macaronis
Sans gluten
Juste pour toi
Y’en reste dans l’garde-manger
Ça veut p’t-être dire que tu vas r’venir
J’espère
Sinon j’vais rester pognée avec
Le motton dans’gorge

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Entretien avec Raymond Entretien

Dans ta face

Juillet 2015. Mon fiancé et moi-même déambulons dans Saint-Sauveur, le regard fier, le nez en l’air. Sur les poteaux d’électricité, des petites publicités attirent notre attention : « Raymond entretien ». C’est écrit tout croche, à la main. On se marre. On se dit qu’il aurait au moins pu faire ses tracts à l’ordinateur. Une centaine de publicités plus tard, on en retrouve sur le trottoir, informatisées. On rit de plus belle : « cré Raymond, il a dû nous entendre ».

Photos de publicités de Raymond Entretien trouvées dans le quartierDepuis, Raymond est devenu un personnage à part entière dans notre vie. Profitant de la Revengeance, j’ai contacté « Raymond » pour enfin savoir de quoi il retournait. Je m’attendais à rencontrer un homme dans la cinquantaine, un peu gros, sur l’aide sociale, qui travaille au noir pour arrondir ses fins de mois. En quittant l’appartement de Nicolas, parce qu’il s’appelle Nicolas, et non pas Raymond, je me suis dit en moi-même : « dans ta face, ça t’apprendra à juger l’monde ».

Un exemple de persévérance

Nicolas n’était ni vieux, ni gros, ni fraudeur. C’est un jeune qui a misé le tout pour le tout afin de reprendre le contrôle de sa vie. Au moment où je l’ai rencontré, il profitait de son appartement depuis trois semaines seulement. Depuis juillet, moment où il a lancé son entreprise, il était sans domicile fixe.

Photo des publicités de Raymond Entretien

« Je viens de Lévis. Jusqu’à dix-huit ans, j’ai connu six familles d’accueil. Y en a que ça allait ben, y en a d’autres où j’ai vécu ben des affaires, dont des agressions. J’ai été battu, enfermé dans des garde-robes. J’ai eu une jeunesse assez mouvementée. Pour certaines familles d’accueil, on est vu comme un simple revenu. »

À l’âge de dix-huit ans, Nicolas a quitté le système de la protection de la jeunesse pour vivre avec sa mère, dans Saint-Sauveur : « Je suis parti en consommation, sur la foire comme on dit. Ça a duré quatre ans. À un moment donné, ma mère s’est tannée. Elle m’a mis dehors. J’ai connu la rue, les junkies, les punks. »

Une entreprise à vocation sociale

Photo de Nicolas dans son bureauC’est pour s’en sortir et en entraîner d’autres avec lui que Nicolas a fondé, en juillet 2015, Raymond Entretien. Il a mobilisé quatre personnes qui sont devenues ses partenaires : « On est tous sur le même pied d’égalité. Y a pas de boss, pas de hiérarchie. On est une famille qui se tient. »

Quand on enregistre une entreprise à son nom, on perd immédiatement l’aide sociale. Il a fallu une sacrée dose de courage pour, lentement mais sûrement, tout mettre en place.

« On est partis de rien, de zéro. Un ami m’a aidé : on a passé des heures et des heures à écrire des papiers pour la publicité. On n’a même pas d’mandé d’subventions. On est parti avec mon aide sociale. On faisait un p’tit contrat, on allait s’acheter une pelle. Un autre p’tit contrat, on allait chercher notre sel. »

Cet automne seulement, ils ont réussi à obtenir une vingtaine de contrats de déneigement. Alors qu’il était dans la rue, dans la déchéance comme il dit, Nicolas a été aidé par des gens qui l’ont pris par le collet pour qu’il prenne du mieux. À sa manière, il souhaite donner à son prochain, surtout à ceux qui sont sur l’aide sociale.

« Hier, justement, j’ai croisé un monsieur dans la cinquantaine. Il était en train d’ramasser des cannettes dans l’chemin. J’y d’mande s’il veut travailler. Il me répond qu’il ne peut pas, car il est sur le BS. Je lui ai rappelé qu’il avait l’droit de gagner jusqu’à 200 $ par mois. Je lui ai proposé de lui organiser une p’tite run de déneigement. Qu’il commence à temps partiel, et que j’monte peu à peu ses heures jusqu’à ce qu’il soit temps plein. Il était tout surpris. Il a accepté. »

Un récit à l’image du quartier

Nicolas, du haut de ses vingt-sept ans, veut montrer à la jeune génération qu’il est possible de s’en sortir, même quand on a vécu la misère. Même si on a un mohawk sur la tête.

« J’ai connu la drogue, la rue, j’ai pas envie d’retourner là. Pis j’veux pas en voir d’autres là-d’dans. Je veux continuer pis jamais arrêter. Notre objectif, à long terme, est de concurrencer les plus gros du marché. »

Il tient à remercier l’organisme PIPQ, qui lui a fourni des services-conseils en comptabilité, ainsi qu’un accès à un photocopieur. Le jeune entrepreneur veut aussi remercier cette inconnue qui, après avoir vu ses publicités écrites à la main, les a elle-même retranscrites à l’ordinateur, sans rien demander en retour.

Cette bonne samaritaine, elle, n’a pas levé le nez à la vue de ces papiers brouillons, dispersés par centaine dans le quartier.

La vraie duchesse de Saint-Sauveur, c’est elle.

En attendant, si vous cherchez toujours quelqu’un pour déneiger votre entrée, tondre votre pelouse ou faire le ménage de votre cours, appelez Nicolas. Il va vous faire un bon prix et vous, vous encouragerez une entreprise coopérative qui favorise l’intégration au travail de personnes marginalisées.

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Think big pour Saint-Sauveur

Voici le texte que j’ai lu lors du lancement de la Revengeance des duchesses, le 28 janvier dernier.  Je voulais interpeler le maire pour lui montrer qu’il est possible de concilier développement économique, innovation et respect des populations locales.

Qu’en pensez-vous?

Bonne lecture! :)

 

Photo : Anne-Marie Bouchard

Photo : Anne-Marie Bouchard

Monsieur Labeaume, bonjour.

J’espère que vous allez bien. Que le Carnaval se passe à votre goût. J’ai décidé de profiter de l’occasion pour vous parler de c’qui s’passe dans mon bout. Je vais d’abord vous partager cette anecdote qui, à mon avis, illustre tout.

Il s’agit de la fille d’une amie. L’autre soir elle regardait la télé et a vu une pub de « son Carnaval ». Pis j’vous jure. Sa première réaction ça a été de dire, du haut de ses huit ans : « Le Carnaval, c’est pas pour nous autres ».

On lui a expliqué que dans l’temps, c’est chez nous que ça s’passait. Pendant deux semaines, Saint-Sauveur devenait le centre du monde. Même Pierre Elliot Trudeau pis la princesse de Monaco descendaient les escaliers pour venir boire leur verre de caribou. Chez Ti-Père, sur la rue Sainte-Thérèse.

Entre vous pis moi, on va s’le dire : le caribou c’t’un alcool de pauvre. Voulez-vous m’dire pourquoi une princesse voudrait boire un drink cheap à 30 degrés sous zéro?

Aujourd’hui, avec tous vos règlements, on peut pu fêter comme avant.

Prenez surtout pas l’exemple d’la Saint-Jean.

Parce que les princesses, elles viennent pu non plus.

Maintenant, Régis, j’aimerais ça te tutoyer. Parce que c’est au Régis sociologue que j’aimerais parler. À l’homme qui a vécu dans les premiers HLM de la ville. À celui qui s’implique au Pignon Bleu. Je veux parler au Régis qui s’est engagé à changer Québec pour faire rev’nir ses enfants partis dans grand’ville à’ recherche de quelque chose de plus palpitant.

Régis, il est temps d’ouvrir grand les fenêtres de ton imagination.

1. Les tendances lourdes dans l’industrie du tourisme

Les gens aujourd’hui, veulent pu juste visiter des attractions, des décors de l’ancien temps avec personne qui vit d’dans. Les gens veulent vivre des expériences : rencontrer des humains, entendre des histoires vraies, devenir de meilleures personnes. C’est ça qui pogne maintenant. T’as juste à googler « authenticity tourism » si tu m’crois pas.

2. La valorisation de notre histoire populaire

Considérant cela, je pense qu’on pourrait s’donner comme mission de sortir les touristes du Vieux-Québec pour leur raconter c’qui s’est passé entre la Nouvelle-France et aujourd’hui. Pour le moment, il y a un gros trou noir dans notre histoire. Suffirait de trouver de bons raconteux pour faire revivre la banlieue qu’on appelait alors Boisseauville.

Imagine, Régis :

C’est ici que le grand incendie de Québec a commencé.

C’est ici qu’Alys Robi est née.

C’est ici qu’les quat’gars ont été tués par l’armée.

C’est là que le premier attentat de l’histoire de l’aviation a été planifié.

Par Albert Guay, un gars d’Saint-Sauveur. Il voulait tuer sa femme pour s’ramener une p’tite jeune de Saint-Roch. Alors y’a fait sauter un avion en haut d’Sault-au-Cochon.

3. Le centre Durocher

Pour s’assurer que ces projets soient réalisés par et pour les gens du quartier, faudrait fonder une coopérative de développement culturel et touristique. Une coop basée au Centre Durocher, évidemment. On y trouverait une bibliothèque, une salle de spectacle, un casse-croûte, une salle de quilles, un cinéma. Et, en plus, un musée de l’histoire populaire de Québec. On y offrirait les visites guidées dont j’vous ai parlées, des rencontres avec des artisans d’la place et aussi des possibilités de bénévolat.

T’imagines, Régis?

Des groupes de Mexicains viendraient pour couper des légumes au Pignon Bleu. J’suis certaine qu’ils seraient prêts à payer pour ça. Après tout, nos propres jeunes paient une beurrée pour aller planter des arbres au Costa Rica.

On en ferait une entreprise d’économie sociale et solidaire. On embaucherait des gens du quartier. Les surdiplômés comme les fils de plombier. Ce serait un bel exemple de mixité. J’ai la ferme conviction qu’on peut prospérer sans avoir à crosser ou s’faire crosser.

New York le fait. Los Angeles aussi.

Il est temps de nous faire profiter de tes idées de grandeur.

Jean-Paul L’Allier aurait dit oui.

Je t’en prie Régis, vote pour Saint-Sauveur.

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« Shoot to kill »

Massacre au bas de la falaise

Au coin d’ma rue, y a quat’gars qui s’sont fait tuer
J’vous jure que c’est vraiment arrivé
Écoutez bien l’histoire que j’vais vous raconter

C’était au temps où les Canadiens français formaient encore une « race »
La dernière des dernières, derrière les Hongrois, les Ukrainiens,
Et même derrière les Chinois et les Viets
Vous imaginez : on était les moins bien payés dans tout l’pays

Au palmarès des paumés, on était les premiers
(Après les Autochtones, évidemment)
Spécialement au pied du cap Diamant, où s’entassaient des masses d’ouvriers
On n’avait pas grand-chose, mais on s’faisait un plaisir de partager

C’est pour ça que quand nos fils ont été convoqués, on les a d’abord encouragés
Le Corridor des cheminots servait alors
À transporter nos gars de Valcartier au Vieux-Port
En octobre 1914, on est allé saluer leur départ
Étranglés par nos sanglots, on a fait aller nos mouchoirs
On était certains d’pas les r’voir

Photo fournie par le ministère de la Défense nationale au journal Le Soleil

C’était au temps où on devait encore payer un tribut à l’Angleterre
Nos corps morts comme signes de soumission
Pis nos pleurs de jeunes veuves en cadeau
Quand, en mai 1917, on nous a forcé la générosité, ça a été too much
Fuck la conscription

On était prêts à s’faire commander, à s’faire crever,
Mais pas en anglais
Quand même
Pis pas obligés
Y a toujours ben des maudites limites

Fait qu’c’est durant le congé de Pâques que ça a dégénéré
Sont v’nus chercher le p’tit à Mercier
Les spotters l’ont traîné du salon de quilles Frontenac jusqu’au poste
Y s’sacraient ben d’savoir qu’y’avait ses exemptions à’maison
Les larbins voulaient juste avoir dix piasses
C’était le prix à payer pour chaque tête de déserteur

Le lendemain, des milliers de personnes sont montées d’en bas
Ils ont tout brûlé sur leur passage
Le printemps érable, c’était rien à côté d’ça
Pour s’arvenger, Sir Borden a fait v’nir des milliers d’hommes depuis Halifax
Des anglos qui en avaient spécialement contre notre « race »
Tin toé

La Patrie, 3 avril 1918

Dimanche soir, la basse-ville se terrait sous un épais brouillard
Les émeutiers avaient éteint les réverbères
Y faisait noir noir noir
Les soldats ont dit aux gars d’s’en aller
En anglais
« Shoot to kill »

Les gars comprenaient fuck all, alors ils sont restés
Fait qu’on les a tout bonnement mitraillés
Ça a fait 70 blessés
Y’en a quatre qui s’sont jamais r’levés

Honoré Bergeron, 49 ans, menuisier
Alexandre Bussières, 25 ans, mécanicien
Georges Demeule, 15 ans, cordonnier et machiniste
Joseph-Édouard Tremblay, 20 ans, étudiant à l’École technique

Montage de photos imprimées à l’origine dans La Patrie, les 3, 4 et 6 avril 1918. Bibliothèque et archives nationales

Pour être sûr qu’on s’la fermerait encore
La presse canadienne a proposé de pendre Henri Bourassa
Le New York Times, de tous nous fusiller
Sir Robert Borden a plutôt menacé d’envoyer au front
Ceux qui s’opposaient à la conscription

J’vous jure que c’est vraiment arrivé
J’vous jure que le sang a déjà coulé
Au coin Bagot et Saint-Vallier

Un monument est érigé à leur mémoire
Pour qu’on s’rappelle
Que quand y en a qui proposent d’envoyer les étudiants dans l’Nord
Par exemple

Ben ça s’peut qu’ça arrive pour de vrai
On sait jamais

Le monument Printemps 1918, situé au coin Bagot et Saint-Vallier. Photo prise par Valérie Laflamme

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